Depuis Lucille Dumont, le Québec a produit beaucoup de chanteuses de grand talent mais bien peu ont su allier la féminité, le talent et le renouvellement autant que Renée Claude.
Elle a débuté sa carrière avec l'émergence des auteurs compositeurs interprètes québécois au début des années 1960. Les huit années de piano qu'elle a fait à Vincent-d'Indy lui auraient sûrement permis de composer d'honnêtes chansons et de s'accompagner elle-même sur scène. Mais c'est l'interprétation qui l'intéressait par dessus tout. Elle a suivi des cours d'art dramatique avec Paul Hébert pendant deux ans et demi et aurait aimé être comédienne. Alors, elle a choisi de faire de la chanson théâtrale. Il y avait beaucoup de Brel, de Brassens et de Ferré dans son répertoire initial, des premières amours qui la suivront toute sa carrière. En 1962, la chanson Feuille de gui (de Ferland et Pierre Brabant) qu'elle interprète remporte le premier prix du Concours Chanson sur mesure organisé par la Communauté radiophonique des programmes de langue française. Renée Claude se constitue un répertoire québécois avec des chansons de Ferland, Vigneault, Léveillée, Jean-Paul Filion, Hervé Brousseau et Clémence DesRochers que l'on retrouve sur son premier album paru chez Select en 1963. Habituée des boîtes à chansons, l'interprète donne son premier spectacle dans une grande salle à l'Auditorium Le Plateau à Montréal en 1964 et enregistre chez Select un second album, moitié auteurs québécois, moitié français (Brassens, Ferré, Legrand).
Savoir s'entourer
Au milieu des années 1960, le Québec est en pleine ébulition culturelle. Les barrières tombent entre les genres musicaux. Stéphane Venne chante depuis quelques années et est sur le point de devenir un des plus brillants créateurs de chansons de l'histoire du Québec. Formé à la musique classique, François Dompierre est déjà un orchestrateur inventif. Ils écrivent pour Renée Claude l'album «Il y eut un jour» que la critique encence. Le grand public découvre enfin cette artiste discrète. Elle tient la vedette de la Comédie-Canadienne en 1966 et 1967, fait la première partie de la tournée d'adieu de Jacques Brel au Québec, connait son premier succès populaire avec la chanson Shippagan que lui a écrite Michel Conte et reçoit le trophée de la meilleure interprète au Gala des Artistes.
Stéphane Venne a écrit la chanson-thème d'Expo 67 et l'argent des royautés lui permet de se consacrer entièrement à son travail de compositeur et de producteur. Il s'allie à André Perry et à son équipe qui, dans un petit studio-maison de Brossard, réussissent à produire des disques capables de rivaliser avec des productions internationales. De 1968 à 1971, Renée Claude enregistre quatre albums avec cette équipe et atteint des sommets de popularité. De C'est notre fête aujourd'hui à Viens faire un tour chez moi, en passant par Le début d'un temps nouveau, ses chansons trône dans les premières places des palmarès. Renée Claude chante à Sopot (Pologne), aux Olympiades de la chanson à Athène, au pavillon du Canada à Osaka (Japon), à la télévision parisienne, en tournée dans plusieurs villes de l'ex-URSS et au Vénézuéla. Elle chante même à la Place des Arts avec l'orchestre symphonique de Montréal en 1970.
Le cycle Plamondon
Les cinq dernières années ont été un incessant tourbillon et la chanteuse a besoin de prendre du recul et d'explorer de nouvelles avenues. En 1972, Luc Plamondon est encore relativement inconnu. Il a eu du succès avec Les chemins d'été (Steve Fiset) et a écrit des textes sur des airs classiques pour Monique Leyrac. Renée Claude en fera son parolier pour son prochain album qui s'intitulera «Je reprends mon souffle». Pour la musique, elle fait confiance à Michel Robidoux qui avait contribué au renouveau de Charlebois et Ferland et à un groupe de musiciens qui a formé une coopérative avec son petit studio dans la maison du bassiste Bill Gagnon à Ville-Émard. De cette collaboration naîtront deux albums majeurs, avec de grandes chansons, dont Un gars comme toi et l'inoubliable classique Le monde est fou (Hymne à la beauté du monde). Et le public suit la chanteuse dans son renouvellement. Renée Claude fait la Place des Arts à chaque année et est invitée à toutes les émissions de variétés à la télévision. Après un nouveau cycle de chansons avec Stéphane Venne, elle enregistre avec Jean Robitaille Saint-Jovite qui tourne beaucoup à la radio.
Les anciennes amours
Au début des années 1980, l'industrie de la chanson ne va pas très bien au Québec. Même les vedettes établies cherchent leur voie. Renée Claude trouve la sienne en retournant à ses anciennes amours. Elle monte le spectacle «Moi, c'est Clémence que j'aime le mieux» qu'elle présente un peu partout au Québec et qui fait l'objet d'un album en 1982, avec des classiques de Clémence, dont Ça sent le printemps. Et tant qu'à se faire plaisir, elle enchaîne avec «J'ai rendez-vous avec vous», son hommage aux chansons de Georges Brassens, spectacle qu'elle présentera en 1989 au festival de la chanson de Sète (France), patrie du poète. Et dans les années 1990, elle monte «On a marché sur l'amour», son salut à Léo Ferré. En 1996, l'album qui regroupe ces chansons (dont Avec le temps) remporte le Grand prix de l'Académie Charles-Cros. Ces trois spectacles-hommage ont fait la tournée au Québec et en France à plusieurs reprises.
Comédienne
Renée Claude est devenue l'une des meilleures interprètes de la chanson que le Québec et la francophonie ait produite. Après un long détour de 30 ans, son rêve de jouer un rôle sur une scène et même de chanter s'est concrétisé. Elle incarne en 1989 Robertine Barry dans le drame musical «Nelligan» de Michel Tremblay et André Gagnon. Un petit rôle, une seule chanson, L'indifférence, qui a ébloui tout le monde. Tremblay lui a ensuite proposé un rôle dans «Marcel poursuivi par les chiens» (1992). Puis ce fut Jeannette Bertrand dans un épisode de «Avec un grand A» et, il y a quelques années, Denise Filiatrault dans «Le petit monde de Laura Cadieux».
Pas étonnant. La comédienne, celle qui nous fait croire à un personnage, à un texte, a toujours été présente tout au long de la carrière de Renée Claude. Et elle l'a fait avec une infinie subtilité, des murmures qui avaient parfois plus de force qu'un cri. Les modes sont venues et s'en sont allées avec des interprètes qui se cherchaient un style. J'ai tout écouté et, comme le disait Brassens, "Le temps ne fait rien à l'affaire": c'est encore Renée Claude que j'aime le mieux.
Dans le cadre de la soirée hommage Quebecor qui se tiendra le 7 mai prochain, des prix seront décernés à deux grandes personnalités de la scène culturelles québécoise, Janine Sutto et Renée Claude. Afin de souligner le prix décerné à Renée Claude, Musicor Produits Spéciaux réalisera une compilation musicale des chansons marquantes de l’artiste, figure importante de la chanson québécoise dans les années 60 et 70.